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Des groupes de complotistes s’autolabellisant “antiracistes” – qualificatif dont on sait désormais qu’il cache souvent un racisme parmi les plus éhontés – fantasment une Égypte noire-africaine et s’offusquent que les organisateurs de la magnifique exposition parisienne qui vient de débuter n’en parlent pas !

Nos confrères du Point ont interrogé sur le sujet l’égyptologue Bénédicte Lhoyer. Voici quelques extraits de cet entretien.

Bénédicte Lhoyer : Selon eux, nous nions sciemment la supposée origine africaine de Toutânkhamon. Depuis plusieurs années, un discours africanocentriste s’est développé pour affirmer que le royaume d’Égypte était noir. Pour appuyer leur thèse, ceux qui la propagent assurent par exemple que les égyptologues blancs auraient brisé les nez des statues et des momies pour dissimuler le caractère épaté de ces derniers, preuve de l’origine africaine des Égyptiens. Ce serait notamment, affirment-ils, pour cette raison que le Sphinx fut abîmé à cet endroit stratégique… Cette théorie est évidemment farfelue, car il y avait toutes les variantes de couleurs de peau possibles chez les Égyptiens, mais elle est surtout dangereuse, car elle se répand de façon alarmante dans la communauté noire depuis plusieurs années.

Retrouvez-vous cette théorie dans vos salles de classe ou ailleurs ?

Le 2 avril dernier, j’ai fait une conférence sur la naissance de la civilisation égyptienne et j’ai de nouveau eu une question sur les nez cassés des statues. J’ai constaté qu’il était impossible d’avoir une discussion apaisée sur ce sujet lorsqu’on se retrouve face à des gens qui refusent d’emblée tout ce que l’on peut leur objecter. Comment peut-on nous accuser de profaner des cadavres ? On a l’impression d’être des médecins accusés d’amputer volontairement leurs patients ! Alors, on répond que le nez fait partie des éléments les plus fragiles des statues, que dans certains musées, les statues ont encore leur nez, etc. Mais rien n’y fait.

Le camp africaniste brandit souvent comme argument l’iconographie sur laquelle on voit des hommes à la peau rouge….

(…) Ils se servent de photographies de statues noircies de Toutânkhamon pour affirmer qu’il avait la peau noire. Même chose pour sa momie, alors que ce sont les résines de l’embaumement, déversées en très grande quantité, qui ont noirci. On le sait, ce n’était pas un pharaon originaire d’Afrique. D’autres statues ont la peau noire, car dans l’Égypte ancienne, c’était la couleur de la résurrection. On nous accuse même d’avoir blanchi la peau de Ramsès II. Il existe d’autres théories délirantes : les Égyptiens appellent leur pays «  Kemet  » («  la noire  »), ce qui serait la preuve ultime de l’africanité de l’Égypte selon la mouvance africaniste. Mais non ! «  La noire  » c’est la terre fertile, la couleur du limon, et le désert se dit «  la rouge  », la terre stérile, sur laquelle rien ne peut pousser.

(…)

Sur la banderole des manifestants contre l’exposition, on pouvait lire «  votre génome est criminel, hypocrite, menteur  »…

Ils récupèrent des discours nauséabonds, ils nous traitent de racistes, mais ce sont eux qui le sont. Sauf que c’est presque tabou d’en parler. Même avec certains de mes étudiants. Pour eux, le racisme n’est que dans un sens ! Et comme l’émotivité est d’abord convoquée plutôt que la réflexion et le recul, le résultat est assez détonnant. (…)

L’expo Toutânkhamon, c’est à la Grande Halle de La Villette, jusqu’au 15 septembre 2019.


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Julien Michel