L’affaire illustre à elle seule la dérive inquiétante d’une partie de la gauche radicale : Rima Hassan, eurodéputée LFI, se retrouve visée par une plainte de l’imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, qui l’accuse d’avoir lancé contre lui une véritable « fatwa » numérique. En cause, un message publié le 17 août sur X : après avoir coché comme « tâches accomplies » deux personnalités qu’elle vilipendait régulièrement, la militante a glissé le nom de Chalghoumi, accompagné d’un sablier, comme si son « heure » n’était pas encore venue.
Ce n’est pas un simple tweet polémique, mais un signal dangereux envoyé à des milliers de followers chauffés à blanc. L’avocat de Chalghoumi parle sans détour de « violence criminelle inédite » et d’une tentative d’organiser une meute en ligne pour inciter à des violences physiques. La plainte, déposée avec constitution de partie civile, vise ni plus ni moins que l’incitation à l’homicide volontaire en bande organisée.
Face à cette accusation d’une extrême gravité, l’entourage de Rima Hassan se défend en invoquant une « instrumentalisation » par les soutiens d’Israël, et prétend qu’il ne s’agissait que de « contextualiser » l’hypocrisie supposée de l’imam. Mais l’explication sonne creux : comment peut-on sérieusement présenter l’ajout d’un sablier derrière un nom comme une « contextualisation » inoffensive, alors que chacun sait à quel point les réseaux sociaux peuvent devenir des armes ?
Qu’on apprécie ou non Hassen Chalghoumi, ses prises de position courageuses contre l’intégrisme et ses gestes d’amitié envers la communauté juive lui valent depuis des années insultes, menaces et appels au meurtre. Voir une élue de la République, protégée par son immunité parlementaire, entretenir cette spirale de haine donne une idée du naufrage moral de certains représentants de la gauche dite « insoumise ».
L’affaire dépasse le cas individuel de Chalghoumi. Elle interroge sur une complaisance judiciaire trop longtemps accordée à Rima Hassan, régulièrement au bord de la ligne rouge sans jamais être inquiétée. Comme le dit son avocat, la question est désormais claire : tous les citoyens sont-ils égaux devant la loi, ou certains jouissent-ils d’une indulgence coupable dès lors qu’ils se revendiquent d’un camp politique intouchable ?
Dans un pays marqué par l’assassinat de Samuel Paty, les attentats de 2015 et la multiplication des menaces contre ceux qui osent critiquer l’islamisme, la légèreté affichée par Rima Hassan ne relève plus du militantisme mais de la provocation irresponsable. Et cette fois, la justice ne pourra pas détourner le regard.