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NDLR. Nous publions ici un éditorial d’opinion envoyé par un de nos lecteurs. Il n’engage que son auteur.

Dans cette étrange campagne électorale éclipsée par la guerre en Ukraine, à moins d’un mois du premier tour, personne ne semble s’étonner de la situation que prédisent obstinément les sondages : un second tour Macron-Le Pen. Le duel constamment annoncé depuis cinq ans serait bien notre destin. Rien n’aurait affecté ce duo : ni l’usure des deux candidats, ni les crises, ni l’irruption du candidat Zemmour. Certes, les scores ne sont plus ceux d’il y a un an, où les deux prétendants se situaient autour de 25-28 % : l’un surclasse, à 30-31 %; l’autre s’est effondrée, à 17 %. Mais Marine Le Pen serait bien qualifiée. Touchée, mais pas coulée… Le duel prévu aurait bien lieu.

Or il y a de fortes chances, fondées sur des données électorales de fond et sur les derniers événements de cette semaine, que le 10 avril soit un 21 avril à l’envers, et qu’il n’y ait pas Marine Le Pen au second tour.

L’effet Zemmour-Marion

C’est d’abord, et cela quel que soit son résultat, Eric Zemmour qui privera Marine Le Pen de second tour. Il a capté son électorat et ses cadres les plus déterminés, lassés de l’incapacité de Marine Le Pen à nouer des alliances, à remporter des victoires fortes aux élections intermédiaires, à assumer des lignes claires sur les sujets clivants (immigration, islam). Il a réussi à capter un RN identitaire, cultivé, bourgeois. En tout cas suffisamment pour faire chuter Marine Le Pen. Le RN Marion pour faire vite. Géographiquement, le RN de droite du Sud, et aussi d’ailleurs. Sociologiquement, les classes moyennes et supérieures qui tiennent à la nation, au sérieux d’une candidature,et à une stratégie économique et globale claire. Ce qu’ils trouvent en Zemmour, et pas en elle.

Et l’électorat populaire ?

La seconde cause de l’effondrement structurel de l’électorat de Marine Le Pen est l’abstention, attendue assez forte, dans les milieux populaires. Or, c’est le seul électorat qui lui restait. Doublement siphonnée par Zemmour et l’abstention, on voit mal comment elle pourrait atteindre le second tour.

Elle enjambe elle aussi

Mais son érosion s’alimente aussi de ses prises de position durant cette campagne qu’elle s’emploie elle aussi, à sa façon, à enjamber. En s’installant prématurément dans le fauteuil du second que lui ménagent les sondages, elle néglige sa campagne de premier tour. Or, le refus du débat commence à susciter de l’agacement. Et pas que chez Gérard Larcher. Marine Le Pen prend le risque d’être associée à cette posture peu démocratique d’Emmanuel Macron. Si cela lui coûte quelques points à 30 %, rien de trop inquiétant pour lui ; à 17 %, cela peut vous disqualifier.

Selfie avec une femme voilée

De plus, sur les questions de fond, et notamment de l’islamisation, sa volonté de se distinguer d’Eric Zemmour l’amène à prendre des positions qui ne peuvent que troubler son électorat et souligner son manque de constance. Son selfie souriant et assumé avec une femme voilée en particulier. Mais son débat face à Jean Messiha a aussi montré que ce n’était pas un hasard de campagne. En citant en modèle le département de Mayotte peuplé quasi exclusivement de musulmans, en niant le lien entre islam et islamisme, en avouant qu’elle ne connaissait pas le Coran, elle a pris le risque de laisser filer chez Eric Zemmour les électeurs pour qui cette question est centrale.

Cette stratégie d’édulcoration de ses fondamentaux avant le premier tour est étonnante et pèsera lourd.

Il est curieux que les politologues ne pointent pas davantage toutes ces données fragilisant la candidature de Marine Le Pen (une candidate et un parti abandonnés par une partie significative de ses cadres, un double siphonnage de son électorat, un recul sur les fondamentaux, une quasi non-campagne) pour poser la question de sa présence au second tour. Surtout quand deux challengers Mélenchon et Zemmour sont sur ses talons dans ces mêmes sondages.D’autant plus que s’ajoute dans la psychologie électorale l’effet redoutable causé par l’écart irrattrapable entre un Macron à 30 et une Marine Le Pen à 17 : aucune chance au second, alors, au premier…

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