Photo : Pascal Bernardon
Photo : Pascal Bernardon

Dans une tribune publiée par nos confrères du Figarovox, l’agricultrice Anne-Cécile Suzanne raconte son quotidien et le désarroi vécu par sa profession. Extraits :

(…)

Alors que je traverse la cour, je pense à ce métier qui est le mien. Il est fait de ses peines, de ses duretés. Mais il est surtout si mal aimé. En particulier dernièrement, alors que Bruxelles a décidé que l’élevage bovin n’avait plus lieu d’être sur le territoire européen.

On pourrait se dire que c’est bien pour le climat, moins de vaches occupées à roter. Mais à quoi ça rime, alors qu’on importe seulement plus de l’étranger ? Pendant que l’Union européenne tue ses vaches, le cheptel mondial, lui, augmente, et nos importations avec lui.

Entre 2021 et 2022, les hausses de production ont notamment mené à une hausse des exports brésiliens, mexicains, états-uniens et indiens. Je pense à mes vaches qui élèvent leur veau en pâture, de mars à décembre, comme tout le cheptel allaitant français. Elles permettent la préservation de prairies millénaires, qui sont à la fois des puits à carbone précieux et un merveilleux réservoir de biodiversité. Pourquoi ont-elles moins le droit de vivre que celles élevées en feedlots à l’autre bout du monde ? Pourquoi est ce que ce sont à nos vaches de payer pour toutes les autres ?

(…)

Vouloir faire mieux pour l’agriculture européenne, c’est très bien. Mais il faut alors arrêter d’importer n’importe quoi. On nous a vendu des « clauses miroir », devant sécuriser le fait que les denrées agricoles entrant sur le territoire européen respectent ses standards. Mais on ne se donne pas la peine de les faire appliquer, alors à quoi bon, pensais-je ? Que du vent, de la communication.

(…)

L’avantage, me dis-je, avec la situation actuelle, c’est que les éleveurs français sont si peu nombreux qu’il commence à leur être possible de peser sur les marchés, pour se faire respecter. Mais encore faut-il s’organiser. Les actions syndicales c’est très bien, mais ça n’aide pas à écouler à bon prix les productions agricoles. La rémunération agricole est trop souvent la variable d’ajustement du marché. Il faudrait que les agriculteurs dépassent leur différence pour s’organiser. C’est un vœu presque aussi fou que celui d’une Union européenne cohérente avec elle-même. Mais il faut bien rêver pour voir ses rêves se réaliser.

(…)

Print Friendly, PDF & Email