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Ce mercredi soir, j’ai eu la chance d’assister au nouvel évènement de Fabrice Luchini : une lecture de Victor Hugo. Comme à son habitude, le comédien, qui a offert sa vie à la beauté de la langue de Racine, déroule les émotions avec pudeur, jonglant avec élégance entre grands textes et digressions.

Je ressors de chaque moment théâtral avec Luchini invariablement les yeux mouillés. Son âge désormais avancé, ses traits qui se creusent, augmentés par la lumière savamment sculptée, son incapacité à jouir des applaudissements qui lui déchirent le cœur par trop-plein émotif, tout révèle le thème à peine caché de la soirée : la mort. Luchini va mourir, il s’en va vers le grand rien ou le grand tout, et il le sait. Il convoque donc le Christ, figure omniprésente. Il prend d’ailleurs le soin de Le pointer du doigt : « Vous avez senti comme le Christ était présent ce soir ? » Et là, à ma droite, une paire de tricoteuses répond « Ah non, pas du tout ! ». J’ai compris alors que quelque chose clochait. Les 410 places du théâtre des Mathurins n’étaient pas occupées par la fine fleur de l’intelligence ni de la culture… non, ces spectacles étant devenus populaires, il y a aussi du vulgaire qui s’y fraie un chemin.

Il invoque le roi David, auteur des psaumes… seul le silence lui répond. Plus personne dans cette assemblée parisienne ne sait ce qu’est un psaume ni qui fut le roi David. C’est terrible. Effrayant. Désespérant.

Dernière tentative : Luchini raconte qu’il vient d’enregistrer une émission avec Finkielkraut, les tricoteuses reprennent « ah non.. il parle trop ! ». Luchini se retrouve prostré devant tant de bêtise, figé sur la scène.

J’ai vu ce soir un Luchini magistralement français, nous offrant de goûter au sublime comme seul il sait le faire, maître d’une succession d’instants suspendus dans le temps. Mais j’ai aussi croisé le regard hideux de la bêtise et de l’inculture parisiennes… Le désespoir qui s’ajoute au désespoir…

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