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Dominer l’orthographe, tout le monde le sait, est devenu quasiment mission impossible pour nos jeunes aujourd’hui. Et pas seulement dans les lycées dits « défavorisés ». Pourtant, en tant que professeur de français dans le secondaire, je sais que maîtriser cette compétence n’est certainement pas un point de détail technique, une curiosité d’un autre âge qui serait dépassée par les outils et savoir-faire numériques, ou pire un instrument de domination bourgeoise, comme le prétendaient  les hérauts d’après 68 et du socialisme des années Mitterrand ; bien au contraire, c’est avoir la satisfaction d’entrer dans une identité qui nous est propre, française en l’occurrence,  s’ouvrir les portes d’une culture étendue et quasi universelle, et par devers aussi, bien sûr, accéder aux postes de pouvoir.

Mais qu’on ne réduise pas mon propos : sans orthographe, on peut tout à fait accéder à des postes importants, intéressants, à des postes à responsabilité même… en faisant cependant supporter cette infirmité à des sous-traitants, des employés, à des logiciels type « correcteur orthographique » qui pourront  vous venir en aide.. mais attention, seulement d’un petit point du vue technique. Qu’en sera-t-il de la syntaxe qui accompagne cette orthographe corrigée ? De la qualité du vocabulaire employé pour exprimer des idées compréhensibles par tous ? De l’agencement des arguments au service d’une vision claire ? Peu de choses en fait.

Quel gâchis avouons-le, quelle perte d’énergie, d’argent, de créativité finalement car le fait de ne pas embrasser la totalité du sujet sur lequel on travaille, de le morceler par manque de vue synthétique, n’est pas à proprement parler une compétence recherchée dans quelque milieu que ce soit, fût-ce l’entreprise la plus basique… Et au-delà, qu’en sera-t-il de la lecture et de la compréhension des autres, des anciens, et finalement du monde dans son ensemble. Là commence la barbarie : quand la règle collective n’est plus appliquée et que chacun fait ce qu’il veut de celle-ci.

Un exemple criant de vérité ? Un parent désirait me rencontrer au sujet de son fils en classe de  3ème qui éprouvait des difficultés (pour le moins !) en français. L’entretien se déroule assez bien car ce monsieur convient que son fils ne travaille pas énormément. Cependant, juste avant de partir, il me dit : « Au fait, vous avez mis 11 en dictée à mon fils, et j’avoue que nous ne comprenons pas parce que vous comptez faux quand il n’y a pas de barre au « t ». Je lui rappelle alors la règle évidente selon laquelle un « t » digne de ce nom possède une barre, comme tous ceux de sa génération et des anciennes… Alors il me répond, complètement décomplexé et sûr de lui : « Mais vous ne comprenez pas, c’est comme ça que mon fils fait ses « t » … ». Tout était dit dans cette parole d’une prétention inconsciente abyssale… Ce monsieur représente un échantillon parfait des parents d’aujourd’hui et des enfants qui sont et seront… Il faudra bientôt leur demander pardon d’avoir osé faire respecter une règle édictée par des gens qui ont tout de même donné une grande partie de leur vie à la défense et à l’enrichissement de la langue française, langue adoptée par toute une collectivité nationale…

Le pire n’est peut-être pas là… le pire c’est que je ressentais d’abord une forme de désespoir à voir que mon institution m’obligeait à accepter ce genre de violence faite à toute une nation, mais aussi une certaine colère parce que je savais qu’au fond, ce gamin, en un temps pas si éloigné que cela, aurait évidemment eu bien en dessous de la moyenne à cette dictée. Il n’aurait même jamais pu accéder à ce niveau scolaire… Et finalement la honte… celle de fabriquer, malgré tout, un assujetti social, un dominé… Et je savais que pendant ce temps, d’autres, des « happy fews », dans des écoles spéciales, dans des milieux bien sous tous rapports, apprenaient à maîtriser cet instrument, voguant ainsi allègrement vers des sphères à jamais inaccessibles pour lui.

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