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”Chemin faisant [le Loup] vit le col du Chien, pelé :
« Qu’est-ce là  ? » lui dit-il.  « Rien ».  « Quoi ? rien ? » « Peu de chose ».
« Mais encor ? »  « [La cravate] dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause. »
« Attaché ? » – dit le Loup- « vous ne courez donc pas
Où vous voulez » ?  « Pas toujours, mais qu’importe ? » ”

Jean de La Fontaine, après Ésope, sait très bien rappeler à un estimé confrère quel est le prix à payer pour des fonctions éminentes et bien rémunérées. Le fauve des prétoires va-t-il être domestiqué par le sérail parisien ? Tout étonné d’avoir acheté des cravates pour pouvoir assumer son ministère…

Il ne reste que quelques jours à M.Dupond-Moretti pour choisir son destin : soit entrer dans un moule préformé qui le rendra malheureux et inefficace, anecdotique, utilisé à des fins de communication politicienne, un ministre de plus après tant d’autres. Soit devenir un ministre historique.

S’il confesse déjà par avance ne pas pouvoir faire grand-chose en 600 jours, c’est qu’il n’a pas pris conscience du piège dans lequel sa générosité bouillonnante l’a fait tomber. À moins qu’il n’anticipe déjà – de façon bien aléatoire – un second mandat en spéculant sur une réélection (sans doute bien difficile) de l’actuel président. Ou une démission tonitruante.

De plus, avant même l’échéance de 2022, il est à redouter que la rentrée et la fin d’année 2020 ne mette ce ministre en porte à faux entre ses tendresses populaires et ses phobies populistes. Car, passée la manne destinée à sauver ce qui reste de l’économie française exposée aux vents mauvais de la mondialisation antisociale et antinationale, la Covid va aggraver la misère, le désespoir, des classes populaires et moyennes abandonnées.

Or, l’impétueux avocat avait naguère stigmatisé les Gilets jaunes « Un moment, il faut que ça s’arrête ». N’ayant pas peur des amalgames irréfléchis : « C’est quoi les Gilets jaunes ? Des mecs qui disent sale juif à  Finkielkraut ? C’est qui, c’est quoi ? » s’énervait Éric Dupond-Moretti, qui avouait avoir été dubitatif très rapidement face à ce mouvement”. (Le Point, 23 févr.2019).

Déjà ”parisianisé” et ”boboïsé”, l’enfant modeste de Maubeuge ?

Quelles instructions donnera-t-il, en fin d’année, lorsque les Gilets jaunes auront doublé leur nombre, lui qui revendique ses origines modestes, mais aussi l’indépendance du Parquet ? Et on attend encore son soutien à ses jeunes (ou moins jeunes) confrères, en grève pour avoir un vie décente : il a même vivement apostrophé des avocats en grève qui gênaient sa plaidoirie aux assises de Nîmes. Est-ce à dire que la défense des criminels et délinquants dont il s’est fait une spécialité serait plus importante que celle des avocats paupérisés qui œuvrent 60 heures par semaine ou plus, souvent au SMIC, pour aider les justiciables honnêtes dont personne ne fait cas ?

Non, il ne reste pas 600 jours au ministre pour faire évoluer les choses, ce qu’il a confessé, devant la représentation nationale, être impossible ; non, il lui en reste au plus 60 pour retrouver son incontestable générosité et sa liberté.

En 60 jours, il peut lancer des états généraux de la justice de la République et en tirer un manifeste qui demeurera après lui. Nous lui avons ici même proposé, une quinzaine de pistes pour révolutionner (pacifiquement mais radicalement) une justice dont il dit lui même qu’elle n’a jamais existé dans notre pays…Il existe certes d’autres pistes, mais la gratuité de la justice, l’homogénéité des professions judiciaires, l’indépendance et l’impartialité des magistrats, le respect du contradictoire et la motivation des décisions judiciaires, sont au cœur des maux de la justice française.

Les régler prendra plus de 600 jours, mais les nommer requiert beaucoup moins.

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