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Les Amis,

Je suis dans un TGV.
Très triste ce matin.
Que l’on soit d’accord ou pas avec les revendications exprimées par les Gilets jaunes ou encore par les Français de la Manif pour tous, personne, absolument personne ne mérite le flot d’insultes proféré par l’exécutif et ses militants qui le soutiennent.

« Factieux, séditieux, haineux » et aujourd’hui jugés « antisémites et proches de l’idéologie des terroristes islamistes » les citoyens qui sont descendus dans la rue à diverses occasions en prennent pour leur grade. 
Quand ils ne perdent pas un œil, ou une main. 
Quand ils ne sont pas arrêtés de façon préventive.
Le débat est littéralement hystérisé par la classe politique, à un degré inédit -les médias ne sont pas en reste- et chaque fois que l’on aborde un sujet il convient désormais de montrer patte blanche :

– Es-tu bien certain de ne pas être homophobe, raciste, antisémite, islamiste, terroriste, complotiste, poujadiste, climato-sceptique, extrémiste ?
– Euh… laisse moi deux minutes, je vais réfléchir.

Hier sur Twitter, pour la première fois de ma vie, j’ai reçu des torrents de haine et d’injures, simplement parce que j’ai tendu un smartphone à des Français, de toutes origines et de toutes conditions, afin qu’ils expriment, sans crainte d’être jugés, moqués ou humiliés, ce qu’ils ressentent, vivent au quotidien -et qui est bien souvent passé sous silence par les médias mainstream. J’ai bloqué au fur et à mesure cette armée de l’ombre qui revendique elle-même son anonymat : MacronistesAnonymes, StopGiletsJaunes. Elle se recomposera. En se décomposant. Magie du recyclage centro-lavoisien.

Le problème d’une armée anonyme, c’est qu’elle n’a aucun code d’honneur. Elle n’a pas de glaive justicier mais des petits canifs de poche qui vous lacèrent avec de petits gestes courts quand vous avez le dos tourné. Elle recrute chez les pleutres et les mercenaires -réels ou virtuels- qui la servent sans état d’âme. Ils n’ont d’ailleurs pas d’Etat. Et leur âme est bien sombre.

Que faire sur ce théâtre d’opération ? Battre en retraite ? Capituler ? Utiliser à son tour les petits canifs ? Non. Nous savons bien qu’il faut continuer à avancer en refusant la rixe insignifiante et en délaissant les petites frappes.

Ce matin je pense à tous ces Françaises et ces Français que j’ai rencontrés, dignes, honnêtes, travailleurs, modestes, qui ne comprennent même pas pourquoi ils doivent se justifier de pensées qu’ils n’ont pas et d’actes qu’ils n’ont jamais commis. Ce matin je pense aussi à ma famille, venue, tant du côté paternel que maternel, de cette Italie du Sud pour trouver meilleure fortune en France, qui n’a connu que le travail et a donné au pays des Résistants, fusillés par les Allemands quelque part sur la Route Napoléon.

Voilà la source de ma tristesse. Ne pas réussir à honorer leur souvenir, ne pas réussir à empêcher la France, pour laquelle ils ont versé tant de larmes et leur sang, de disparaître. Léguer à nos enfants une zone indéterminée, qui ne sera plus un pays, où il faudra absolument être « dans la norme étatique » sous peine d’excommunication citoyenne. Un pays dans lequel les métèques ne deviendront jamais Aristote mais pourront quand même laver les chiottes.

Je ne voudrais pas donner dans le sentimentalisme facile. Je partage cette tristesse avec vous car je sais que vous êtes nombreux à la ressentir. Vous avez perdu un frère, un père, un oncle, un cousin, un grand-père au travail ou dans une guerre. Vous êtes de droite, de gauche, apolitique, croyant, athée ou agnostique et vous ne supportez plus d’être insultés et instrumentalisés par des politiciens dont la jeunesse et l’inexpérience n’excusent pas tout. Vous avez du mal à vous en sortir et vous ne voyez plus aucun horizon.

Depuis quelques mois j’ai vu des Français tirer sur des Français, j’ai vu des gamins exaltés tomber tout près de moi, éborgnés par des armes de guerre pour leur apprendre à fermer leur gueule. Ils parlent toujours, sereinement. Ils voient encore, avec une acuité nouvelle. Ils ne sont pas responsables de la Shoah. Ils ne sont pas des terroristes islamistes. Ils sont les soldats d’un pays qui ne veut pas disparaître et qui se bat au grand jour.

Prenons un peu de recul, juste ce qu’il faut pour être à la hauteur. Calmes, déterminés, unis, solidaires, libres, égaux et fraternels, en un mot comme en mille : Français. 

Rome ne s’est pas faite en un jour. Et la France est déjà millénaire.


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Julien Michel