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Une enquête de l’institut de sondage Ifop, parue dans Le Monde à la veille de la fête de l’Assomption, démontrait une nette érosion de la culture chrétienne en France, surtout chez les moins de 35 ans, même si elle établissait dans le même temps la relative persistance du catholicisme au sein de la société française. Le sociologue Yann Raison du Cleuziou décrypte les données de cette étude.

Ce sondage reprend les mêmes questions que celui réalisé en 1988, à l’occasion de la venue de saint Jean-Paul II à Strasbourg. Cet écart de 32 ans permet donc de constater combien le rapport des Français à la culture chrétienne s’est profondément modifié.

Ce qui est le plus significatif à mon sens c’est la culture matérielle. Par exemple, le fait d’avoir un crucifix accroché au mur chez soi ; c’est un élément assez «ordinaire» d’un intérieur chrétien. Et bien aujourd’hui, dans la population française des 18 ans et plus, il n’y a que 17% des Français qui possèdent un crucifix accroché au mur, soit un recul de 22 points par rapport à 1988. Ce recul, on le mesure aussi à travers les chiffres de la pratique religieuse : il n’y a plus qu’environ 2% de pratiquants hebdomadaires en France. Nous avons vraiment un catholicisme en déclin, et en même temps, quand on regarde les chiffres, on mesure aussi que le catholicisme marque toujours la culture française. 75% des Français savent reconnaitre dans Noël une fête chrétienne, 31% ont toujours une Bible chez eux, 25% un chapelet, 23% une statuette de la Vierge… Donc même si le catholicisme est en déclin, il reste un marqueur important de la culture française.

Un autre indicateur de cette évolution tient à la connaissance des fêtes religieuses et de leur signification : 44 % des Français savent que Pâques célèbre la résurrection du Christ (ils étaient 43 % en 1988). Or, 47 % d’entre eux ont plus de 50 ans, 34% ont moins de 35 ans. Les chiffres accusent une baisse encore plus significative s’agissant de la Pentecôte (7% des moins de 35 ans peuvent la relier à la descente du Saint-Esprit sur Marie et les apôtres contre 18% en 1988).

Ce que vous décrivez là rejoint ce que prédisait le cardinal Ratzinger, il y a plusieurs années, lorsqu’il parlait d’une recomposition du catholicisme en Occident sur la base de ce qu’il appelait des « minorités créatives »…

Oui, on a un catholicisme qui est minoritaire et il a une visibilité, dans la société française, qui est presque supérieure aux années 1970 lorsqu’il était plus majoritaire. C’est assez paradoxal ! Par exemple, lors de la dernière élection présidentielle, les catholiques ont été très actifs, très visibles en politique, ce qui n’était pas arrivé depuis des décennies. Et cette visibilité est liée à la prise de conscience de leur statut minoritaire. Comme minorité, ils s’organisent pour peser, alors qu’auparavant, étant majoritaires, ils ne ressentaient pas le besoin de défendre leur intérêt, de s’organiser pour négocier leur vote contre l’engagement des partis politiques dans un conservatisme sur les questions de bioéthique. 

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