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Début 1992, je tombai sur un ancien numéro de Géopolitique, la revue que publiait Marie-France Garaud. Il contenait, entre autres, un article du philosophe Allan Bloom sur le politiquement correct. Je l’ai lu et relu avec horreur. Trop de choses que j’avais connues s’y trouvaient décrites, mais se passant cette fois-ci du côté paradoxal de la barricade.

Peu de temps après, lors du bouclage de l’hebdomadaire dans lequel j’écrivais encore, nous étions assez nombreux dans la rédaction à attendre que la mise en page soit finie et que le journal parte à l’imprimerie. Ceausescu était mort depuis plus de deux ans, Gorbatchev venait de quitter le pouvoir et l’URSS n’existait plus. “Alors, me dit un confrère dans un moment de silence, tu dois être content. Le communisme, c’est fini.” J’avais en mémoire les horreurs décrites par Allan Bloom : le diktat de la bien-pensance, l’imbécillisation de la langue, la censure naissante, la dégradation du monde universitaire… Je répondis donc : “Je ne crois pas que ce soit fini. Je crois, au contraire, qu’un autre communisme est en train de naître. Cet autre communisme nous viendra d’Amérique, et il sera bien pire que celui que nous avons connu.” “T’es con !” me lança l’autre et il me tourna le dos.

(Quelques années plus tard, Mme Garaud, à qui je racontais cette scène, me dit se sentir coupable d’avoir coupé des passages du texte de Bloom, qu’elle avait considérés par trop invraisemblables.)

Patrisse Cullors, qui a créé dès 2013, avec Alicia Garza et Opal Tometi, le mouvement Black Lives Matter, déclarait il y a peu à la presse américaine : “Nous sommes des marxistes entraînées. Nous sommes très versées dans les théories idéologiques.” Et ajoutait : “Nous sommes des organisatrices entraînées.” Entraînées par qui ? Elle ne le dit pas. Tout comme elle ne dit pas dans quel but elles ont reçu cet entraînement.

Depuis trente ans, nous nous voyons infliger les lubies imbéciles et imbécillisantes du politiquement correct, produit de l’extrême gauche universitaire des États-Unis. Dictature idéologique, terrorisme moral, il régit nos sociétés, nos vies, notre culture. En son nom, l’enseignement se désagrège, préparant les masses soumises de demain.

Nous subissons désormais l’autre révolution américaine, pensée par trois marxistes, censée épurer le passé et, par cela, régenter l’avenir. Censée aussi éveiller ou créer des complexes au nom desquels la minorité puisse faire taire la majorité, lui imposer sa volonté et se substituer finalement à elle.

Je pense, regardant l’assaut destructeur que nous essuyions, annonciateur des futures défaites, à cette brève discussion d’il y a vingt-huit ans. Je savais alors que je ne me trompais pas, et je le sais, hélas !, davantage aujourd’hui. Empêtrée dans ses désastres, les prenant pour des victoires contre elle-même, l’Amérique exporte les révolutions qu’elle s’enorgueillissait hier de combattre. Et puisque nous avons tout fait pour lui ressembler, il ne nous reste qu’à les accepter, un sourire résigné sur les lèvres.

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