Bruno Retailleau ou l’ambition de la droite debout : un plan de bataille contre le chaos annoncé

Illustration : LLP

Dans un entretien fleuve accordé au Figaro Magazine, Bruno Retailleau a déployé une vision tranchée et assumée de ce que devrait selon lui être la droite française à l’aube d’une rentrée explosive. À l’heure où l’Assemblée se prépare à décider du sort du gouvernement Bayrou, où les syndicats promettent de descendre dans la rue le 10 septembre, et où l’exaspération des Français atteint un niveau rarement vu, le ministre de l’Intérieur et président des Républicains avance une ligne de crête : refuser l’immobilisme, déjouer le chaos et remettre la France en ordre.

Une rentrée sous haute tension

La situation politique est incandescente. François Bayrou, en choisissant de soumettre son gouvernement à un vote de confiance le 8 septembre, joue son va-tout. Retailleau, lucide, ne se berce pas d’illusions : l’exécutif pourrait bien tomber. Mais pour lui, l’essentiel n’est pas dans le jeu politicien. L’essentiel, c’est de sauver la crédibilité financière de la France. « Le coût de la chute du gouvernement serait bien plus élevé que la facture de la dernière censure », prévient-il. Un message adressé à la fois aux parlementaires tentés par le coup de force et aux marchés qui observent déjà, prêts à sanctionner le moindre faux pas.


Mélenchon, « l’ingénieur du chaos »

Face à la mobilisation sociale qui s’annonce, Retailleau ne mâche pas ses mots : Jean-Luc Mélenchon est, selon lui, le véritable incendiaire. « L’ingénieur en chef du chaos », lâche-t-il, accusant le tribun insoumis d’attiser la haine antiflics et de chercher à installer un climat insurrectionnel. Là encore, le sénateur vendéen devenu patron de la Place Beauvau veut incarner le camp de l’ordre contre celui de la chienlit. Une posture gaullienne, qu’il assume jusque dans son refus de demander une démission anticipée d’Emmanuel Macron : pas question d’affaiblir la fonction présidentielle, même si la cohabitation avec Bayrou vire au bras de fer permanent.

Le réarmement économique : sortir du poison socialiste

Sur le terrain économique, Retailleau cible la racine du mal français : la dette et la désindustrialisation. « Pendant des décennies, on a dit aux gens : travaillez moins et vous vivrez mieux. Ce mensonge socialiste a appauvri la France », dénonce-t-il, chiffres à l’appui : un Allemand gagne désormais 7 000 euros de plus par an qu’un Français. Sa réponse ? Travailler plus, mais en gagnant plus. Son concept de « seuil zéro cotisation » vise à supprimer les charges sociales sur les heures supplémentaires, une manière de redonner du souffle aux salariés sans pénaliser les entreprises. Un double coup : au pouvoir d’achat et à la compétitivité.

La fermeté régalienne contre l’« impossibilisme »

Ministre de l’Intérieur, Retailleau revendique un bilan de fermeté : baisse des naturalisations, hausse des expulsions, loi anti-narcotrafic, dénonciation du frérisme et du voile islamique. Mais il dénonce aussi ce qu’il appelle « l’impossibilisme », ces verrous juridiques et constitutionnels qui empêchent la France de se protéger. Le Conseil constitutionnel, en censurant l’allongement de la rétention des étrangers dangereux, incarne pour lui cette dérive. Sa solution est radicale : modifier la Constitution, élargir le champ du référendum, rendre la souveraineté au peuple. Un discours qui rompt avec la prudence habituelle des droites institutionnelles et qui séduit une base électorale excédée par l’impuissance publique.

Immigration, Algérie et antisémitisme : la ligne de fermeté

Le ministre assume une rupture franche avec le discours convenu. Non, l’immigration n’est pas une chance. Non, le voile islamique n’est pas une liberté. Oui, il faut mettre fin aux privilèges issus de l’accord de 1968 avec l’Algérie. À l’international, il appelle à tourner la page des « repentances » qui affaiblissent la France. Sur le terrain intérieur, il fait du combat contre l’antisémitisme une priorité absolue, dénonçant la complicité de l’extrême gauche avec les discours de haine et s’inquiétant des dérives qui rappellent les heures les plus sombres de notre histoire.

Une droite « courageuse », pas une droite « peureuse »

Mais Retailleau voit plus loin que la rentrée : il prépare déjà 2027. Son ambition est claire : reconstruire une droite de rupture, fière de ses convictions, qui assume de dire non à l’héritage de Mai 68, non à l’égalitarisme, non au laxisme judiciaire. Il rejette aussi bien les « Insoumis » que le Rassemblement national, qu’il accuse d’avoir un programme économique de gauche. Face à une Marine Le Pen qui veut, selon lui, surfer sur le mécontentement sans apporter de solutions réelles, Retailleau entend proposer « une politique de bon sens » pour « la France des honnêtes gens ».

Le « cardinal » veut marier identité et modernité

Dans la biographie que lui consacre Nathalie Schuck, il est surnommé « le cardinal ». Un sobriquet qui colle à son image austère, rigoureuse, mais aussi à son ambition d’incarner une droite enracinée. « Le lieu, c’est le lien », aime-t-il répéter, opposant la France enracinée à l’élite hors sol. Conservateur, oui, mais pour protéger ce qui reste de solide dans une société liquide. Provincial, peut-être, mais fier de l’être contre le mépris des élites parisiennes. Son projet ? Que la France donne le meilleur de son identité tout en prenant le meilleur de la modernité.

Dans un pays au bord de la crise de nerfs, Retailleau veut apparaître comme le rempart, l’homme de l’ordre et de la cohérence, le gaulliste qui n’a pas peur des ruptures. À l’heure où le chaos guette, il parie sur une droite courageuse. La sienne.

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