8 septembre : Bayrou en sursis, Macron au bord du gouffre

Illustration : LLP

Les paris de l’exécutif, ça se passe en général assez mal. Le référendum de De Gaulle : non !, celui de Chirac : encore non !, la dissolution promue par Villepin : perdue !, celle de Macron, encore perdue !

À son tour, le pari de François Bayrou pourrait bien s’achever en un naufrage annoncé. En choisissant de solliciter la confiance des députés le 8 septembre, le Premier ministre prend le risque de s’offrir à la vindicte d’une Assemblée déjà hostile. Rarement un politique aura mis sa survie à ce point entre les mains d’un hémicycle fragmenté, dominé par une opposition qui ne rêve que de le faire chuter.


Car derrière la manœuvre de « clarification » invoquée par Bayrou, c’est surtout l’aveu d’une impasse qui transparaît. Le Béarnais sait qu’il ne dispose d’aucune majorité solide et tente de gagner quelques semaines de répit. Mais la gauche a déjà promis son vote négatif, et la droite nationale n’a aucune intention de sauver un exécutif qu’elle combat depuis le premier jour. Sauf improbable coup de théâtre, l’issue est donc écrite : la démission du chef du MoDem, et un nouveau casse-tête pour Emmanuel Macron.

Le président de la République, déjà fragilisé par les échecs successifs de ses Premiers ministres, se retrouve face à un choix cornélien. Fera-t-il appel à un nouveau visage docile, type Sébastien Lecornu, pour tenter de maintenir artificiellement son pouvoir ? Ou choisira-t-il un profil dit « technique », sorte de cabinet de survie, destiné à gérer les affaires courantes sans projet politique véritable ? Dans les deux cas, c’est l’image d’une Ve République abîmée qui s’impose, où le chef de l’État multiplie les bricolages pour éviter l’inévitable.

Certains, dans l’entourage présidentiel, agitent l’idée d’une nouvelle dissolution. Une option que Macron a publiquement écartée mais qui reste, chacun le sait, dans son arsenal. Un tel scénario ouvrirait la voie à une recomposition brutale, probablement favorable au Rassemblement national et à la France insoumise, qui piaffent d’impatience à l’idée d’en découdre dans les urnes. Le président jouerait son va-tout, quitte à précipiter encore davantage le pays dans l’instabilité.

Reste enfin la question taboue : et si Emmanuel Macron lui-même était contraint à la démission ? L’hypothèse, jugée hier encore invraisemblable, gagne du terrain. Privé de bouclier gouvernemental, confronté à une opinion excédée et à des oppositions galvanisées, le chef de l’État pourrait découvrir que le fameux « en même temps » n’a plus de prise. À droite comme au centre, les voix se multiplient pour réclamer la fin du macronisme. Le président de la Normandie, Hervé Morin, le dit sans ambages : son départ « rendrait service au pays ».

Le 8 septembre pourrait donc marquer bien plus qu’un revers pour François Bayrou. Il pourrait être le moment où l’édifice tout entier se fissure. Car au-delà d’un Premier ministre sacrifié, c’est l’autorité d’Emmanuel Macron qui vacille, dans une Ve République désormais réduite à une suite de paris perdus.

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