Un service militaire qui tombe à pic

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L’Élysée ressort le drapeau, l’uniforme et la rhétorique martiale, et le pays, à en croire les chiffres, applaudit. Huit Français sur dix soutiendraient l’idée d’un service militaire volontaire, dix mois d’engagement, un retour à une forme de discipline collective. Les troubles internationaux et la fatigue d’une société éclatée offrent un terrain propice à ce type de proposition.

Mais ce soudain engouement mérite qu’on s’y arrête. On nous explique qu’un « nouveau service national » comblerait les besoins des armées et remettrait la jeunesse en marche. Une ambition louable sur le papier. Dans les faits, ce sont surtout les erreurs passées – suppression de la conscription, bricolages successifs, SNU – qui obligent aujourd’hui à reconstruire un dispositif qui n’aurait peut-être jamais dû disparaître.


La popularité du projet révèle surtout un pays qui ne croit plus à grand-chose, mais qui espère encore dans l’idée de transmission, d’autorité, d’effort commun. Les Français regrettent la disparition de l’ancien service militaire, le sondage le confirme largement. Que cela plaise ou non à nos élites, une nation fracturée se tourne instinctivement vers ce qui a longtemps assuré son unité : un cadre clair, une hiérarchie, un langage partagé.

Bien sûr, le gouvernement insiste sur le caractère volontaire de l’engagement, histoire de rassurer ceux que la discipline effraie. Volontaire aujourd’hui, obligatoire demain ? Rien n’est dit, tout est possible. Ce qui est certain, c’est que l’État ne cache plus sa volonté de remobiliser une jeunesse dont il ne sait plus que faire. Après avoir abandonné l’instruction civique, laissé s’effondrer l’autorité scolaire et renoncé au mérite, il redécouvre l’intérêt d’un uniforme. À croire qu’il faut flirter avec le chaos pour retrouver du bon sens.

Autre point frappant : la vague de « patriotisme » déclarée. Il faudrait être naïf pour y voir un réveil soudain. Ce patriotisme-là traduit plutôt l’inquiétude, le sentiment que quelque chose vacille et que le pays n’est plus si sûr de lui. Les Français se disent prêts à soutenir leurs enfants s’ils veulent s’engager ; dans le même souffle, beaucoup craignent qu’un conflit majeur ne devienne crédible. Le contraste est saisissant.

Reste la question essentielle : que fera-t-on réellement de ces volontaires ? Les armées sont déjà sous tension, les infrastructures limitées, les moyens comptés. Le discours grandiose masque difficilement le décalage entre l’ambition affichée et la réalité matérielle. Sans investissements solides, un tel projet risque de n’être qu’une annonce de plus.

En attendant, la classe politique se félicite de ce regain d’adhésion nationale. Le gouvernement savoure un succès d’opinion dont il avait grand besoin. Les partis, eux, observent sans trop critiquer : le sujet parle au pays profond, celui qui ne s’exprime pas sur les plateaux télé mais garde encore une idée précise de ce que signifie « servir ».

Le retour du service militaire, même maquillé, n’est pas anodin. Il marque un tournant.
Reste à voir si cette fois, l’État saura faire autre chose qu’un slogan habillé de camouflage.

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