Il suffit d’observer ce qui se passe dans les aéroports de province pour comprendre l’absurdité de la trajectoire. D’un côté, les ministres parlent de « réindustrialisation », de « cohésion territoriale » et de « connectivité ». De l’autre, ils alourdissent encore la fiscalité sur l’aérien au point de rendre certaines liaisons impossibles à maintenir. Résultat : les compagnies low-cost replient leurs ailes, les sièges disparaissent, et les régions déjà enclavées le deviennent davantage.
La fameuse taxe de solidarité, triplée sans sourciller, s’ajoute à un empilement de prélèvements déjà indigeste. Quelques euros par billet sur les trajets européens, jusqu’à cent vingt sur le long-courrier : assez pour dissuader les transporteurs les plus sensibles aux variations de coûts. Les conséquences tombent immédiatement : suppressions de vols, aéroports désertés, pertes de passagers chiffrées en centaines de milliers. Pour les métropoles qui aspirent à conserver un minimum d’activité, c’est une douche froide.
On répète à longueur de discours que la France doit rester compétitive face à ses voisins. Beau principe. Pendant ce temps, l’Allemagne allège sa propre taxe pour soutenir son secteur et éviter l’hémorragie. Chez nous, on fait le contraire en expliquant qu’il s’agit d’écologie. Comme si fragiliser les plateformes régionales, réduire l’offre et forcer les Français à rallonger leurs trajets relevait du progrès vertueux.
Le plus ironique tient à la situation du trafic national : toujours en-dessous du niveau d’avant-crise. Alors que l’Europe remonte la pente, la France avance au ralenti. Les aéroports de terrain observent ce « décrochage » avec inquiétude, conscients que chaque décision fiscale pèse immédiatement sur leur activité. Derrière les sièges supprimés se trouvent des emplois, des PME locales, des territoires entiers qui comptent sur quelques lignes pour rester connectés au reste du pays.
On peut défendre des choix politiques, mais encore faut-il en assumer les effets. Ici, ils sont limpides : une taxe présentée comme solidaire finit par isoler les régions, affaiblir les infrastructures et pousser les compagnies à migrer vers des cieux plus accueillants. À force de transformer chaque voyageur en vache à lait, la France risque surtout de devenir un cul-de-sac aérien. Et personne n’a besoin de cela.