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Après 107 jours de détention, Carlos Ghosn entrevoit enfin le bout du tunnel. L’ancien PDG de Renault-Nissan et ex-président du conseil d’administration de Mitsubishi Motors a pu quitter sa minuscule cellule de la prison de Kosuge, au nord de Tokyo, où il était incarcéré depuis 3 mois.

Dans un communiqué, Carlos Ghosn s’est dit « infiniment reconnaissant» envers « ses amis et sa famille » mais aucun mot pour le gouvernement français qui l’a remplacé à la tête de Renault. Carlos Ghosn se dit aussi déterminé à se « défendre vigoureusement dans un procès équitable ». Car ce n’est pas le clap de fin d’un long cauchemar. L’ancien grand patron a toujours au dessus de la tête l’épée de Damoclès que représente un procès et une possible condamnation lourde, qui plus est à l’autre bout du monde.

L’image de Carlos Ghosn sortant de prison a fait le tour de la planète. Les photographes auront été frustrés, l’ex-PDG étant coiffé d’une casquette bleue, le visage caché par un masque de chirurgien que les Japonais affectionnent. Autour de lui, une nuée de policiers également masqués. Cette image d’un homme, hier encore très puissant, encadré par des policiers n’est pas sans rappeler celle de DSK à New-York. Même si les faits reprochés aux deux hommes n’ont rien à voir.

Puis Carlos Ghosn s’est engouffré dans un mini-van envoyé par l’ambassade de France, direction la résidence que sa famille a dû louer puisque Carlos Ghosn ne peut plus jouir de son ancien appartement de fonction. Résidence sous la surveillance de caméras vidéo. Là encore on pense forcément à DSK, d’autant que la famille Ghosn a été confrontée aux mêmes difficultés que l’a été Anne Sinclair, personne ou presque ne souhaitant louer un appartement à l’ancien patron du FMI comme à l’ancien patron de Nissan.

En France, la justice accorde souvent aux « VIP » détenus (prévenus, accusés ou condamnés) quelques « privilèges », vestiges sans doute de l’Ancien régime. Au Japon, rien de tout cela. Au centre pénitentiaire de Kosuge, Carlos Ghosn « cotoyait » les condamnés à mort. Les conditions y sont très dures. Un futon, des toilettes ouvertes dans la minuscule cellule, une petite table basse, et c’est tout.

Les détenus sont seuls, sans possibilité de parler. Il est interdit de mettre le dos contre le mur et l’on doit rester assis en tailleur de 9h à 17h. Pas de lecture non plus, encore moins de musique ou de télévision. Silence total et lumière allumée jour et nuit.

Sa remise en liberté a été rendue possible après un bras de fer entre le procureur et les avocats, arbitré par le tribunal. Il aura fallu attendre la 3e demande, de sérieuses garanties pour éviter toute fuite du Japon et surtout le versement d’une caution astronomique, à la hauteur des énormes revenus de Carlos Ghosn. Une caution d’un milliard de yens (7,9 millions d’euros) !

Carlos Ghosn va pouvoir maintenant rencontrer plus souvent ses avocats afin de préparer sa défense. Le cabinet des avocats sera aussi le seul lieu où il aura un accès à Internet puisqu’il en est privé dans sa résidence surveillée. L’objectif est bien sûr d’éviter les 10 ans de prison qu’il encourt s’il était reconnu coupable de malversations financières.

La justice japonaise lui reproche trois choses. D’abord, d’avoir minoré ses revenus chez Nissan pendant 10 ans. En clair, il aurait dissimulé 5 milliards de yens, puis 4 autres, soit 71 millions d’euros au total. Pour sa défense, Carlos Ghosn explique que certains revenus étaient différés, versés sur plusieurs années. Il lui est également reproché d’avoir fait aménager par Nissan ou ses filiales plusieurs résidences à travers le monde. En France, aux Pays-Bas, à Rio de Janeiro au Brésil et à Beyrouth au Liban. Au total, l’addition atteindrait 17,8 millions de dollars (15,75 millions d’euros).

Enfin, la justice japonaise soupçonne Carlos Ghosn d’avoir fait éponger ses pertes financières personnelles par Nissan. L’intéressé nie tout en bloc et crie au complot. En dirigeant Renault-Nissan pour 13 millions d’euros en 2017 (dont 5,6 millions d’euros liés à ses fonctions chez Nissan), Carlos Ghosn ne s’est pas fait que des amis et a pu susciter des jalousies, notamment dans l’empire du Soleil levant, précisément chez Nissan. Ils dénoncent aussi une certaine mise en scène dès le 1er jour, le 19 novembre dernier, car il y avait une caméra quand les hommes du procureur sont venus arrêter le PDG dans son avion. Une autre image qui aura fait le tour du monde en marquant les esprits.


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Julien Michel