Voilà qu’Emmanuel Macron, toujours chef de l’État, se lève devant le Forum de la Paix et annonce, sans vergogne, sa nouvelle obsession : plus de régulation des réseaux sociaux, plus d’emprise sur la circulation de l’information et, au final, plus de contrôle sur ce que vous avez le droit de lire, de dire, d’écrire. Le ton est donné : on va « reprendre le contrôle de notre vie démocratique et informationnelle ». Traduction ? Fermez la porte, baissez la voix — l’État arrive pour décider ce qui est « bon » ou « mauvais » pour vous.
Macron a le culot de résumer le problème en une phrase performative : ces plateformes « sont faites pour vendre de la publicité individualisée » — et donc pour exciter, agiter, viraliser, maximiser le trafic au détriment de la vérité et de l’argumentation. C’est exact : le modèle publicitaire encourage la surchauffe émotionnelle. Mais qu’on ne s’y trompe pas : la solution qu’il propose n’est pas une remédiation technique neutre, c’est une épée administrative à double tranchant, capable d’écarter tel journaliste gênant, telle opinion déplaisante, telle voix dissidente.
« On a fait n’importe quoi » — belle formule présidentielle, clap clap. Mais qui est-ce qui « a fait n’importe quoi » ? Les citoyens qui s’informent, qui crient parfois, qui contestent ? On pardonnera difficilement le spectacle d’un pouvoir qui brandit la régulation comme panacée.
Plus grave encore : Macron parle d’« ingérence sous stéroïdes », accuse la Russie d’acheter des faux comptes et appelle à « porter un agenda beaucoup plus puissant de protection et de régulation en Europe ». Certes, les ingérences existent, et elles sont condamnables. Mais la réponse étatique ne doit pas ouvrir la boîte de Pandore d’un contrôle politique permanent des flux d’information. Qui va juger ce qui est « ingérence » et ce qui est simple opinion ? Qui disposera des clés pour éteindre une audience, bloquer un compte, faire taire un média ?
Le président se dit favorable à des « réseaux d’intérêt public » et à des « infrastructures libres ». C’est la formule commode : on crée des alternatives d’État qui se prétendront vertueuses parce qu’elles seront estampillées « intérêt public ». Mais combien de fois l’histoire n’a-t-elle pas montré que l’État, lorsqu’il endosse le rôle de médiateur ultime, finit par imposer sa vérité officielle ? Entre les mains d’un pouvoir en crise de popularité, ces « solutions » deviendront forcément des instruments de domestication de l’opinion.
On peut débattre de la sécurité numérique, des faux comptes et de la manipulation algorithmique — il le faut. Mais il faut aussi rappeler que museler est dangereux : on substitue au pluralisme — rugueux, bruyant, parfois choquant — un conformisme policé. Et qui paye la facture ? Toujours les mêmes : la liberté d’expression, la diversité des idées, la capacité des citoyens à se forger une opinion en dehors des sentiers battus.
Alors non : vous ne me convaincrez pas que confier plus de pouvoir aux gouvernants pour « protéger la démocratie » n’a aucun risque. La démocratie ne se nourrit pas de décrets protecteurs, elle se fortifie par l’éducation, par la transparence des algorithmes, par la responsabilité des plateformes et par des contre-pouvoirs indépendants — pas par des ciseaux réglementaires brandis après coup. Si l’on veut vraiment lutter contre la manipulation étrangère ou commerciale, commençons par exiger des plateformes qu’elles ouvrent leurs méthodologies, qu’elles rendent des comptes, qu’elles permettent des recours impartiaux — pas qu’on remette la clé de l’Agora à des bureaucrates autoproclamés garants du « bon débat ».
Non, Monsieur le Président, la panique législative n’est pas la vertu. Réguler, peut-être ; museler, non. Nous demandons moins de comités d’experts imposés et plus de garanties républicaines effectives : audit indépendant des algorithmes, protection des lanceurs d’alerte, droit effectif au recours contre la censure algorithmique, et éducation critique massive. Sans cela, votre « agenda puissant » ne fera que creuser le lit d’un État-policier informationnel déguisé en garant de la démocratie. Et ça, nous ne l’accepterons pas.
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